La Birmanie

Une vidéo sur l'artisanat en Birmanie

Quand, j'ai annoncé la première fois que je voulais aller en Birmanie, les uns m'ont dit que j'étais un peu fou, et les autres, que j'étais un salaud. Les premiers voulaient me dissuader parce qu'ils avaient peur pour moi, et les seconds, carrément me lyncher parce qu'en Birmanie, tout simplement il ne faut pas y aller .

Tout ça, parce qu'une escouade de petits hommes verts, bêtes et profiteurs, appelés la junte militaire, s'autorise depuis plus de quarante ans à prendre tout un peuple en otage…

Ce qui est étrange, dans l'affaire, c'est le cruel privilège détenu par la Birmanie. Car enfin, à celui qui va n Chine, on ne demande pas quelle perspective le motive. Pour ne pas parler de contrées aussi fantastiquement démocratiques que le Maroc, la Tunisie, Cuba ou les Maldives, qui ont pourtant l'habitude d'accueillir chaque année un flux tendu de touristes bouffis d'exotisme auxquels on ne reprochera pourtant rien d'autre que leur coup de soleil disgracieux…

Je suis donc allé en Birmanie et j'y suis revenu. Presqu'une fois par an, d'ailleurs depuis mon premier séjour.

J'aime la Birmanie…

De nombreux auteurs ont essayé avant moi de dire quelle étrange force distille ce pays si beau qu'il en donne parfois le tournis. Et quelles visions il vous greffe à jamais sur les parois du cerveau. Pagodes à n'en plus finir, d'abord, dardant leurs flèches ruisselant d'or sur fond de ciel bleu et de végétation couleur émeraude mouillée. Tissus éclatant, ensuite, ondulations de l'immense Irrawaddy, tatouages des guerriers Shan, moines en robe de pourpre mendiant au petit matin, soleil à faire fondre la tête, maisons lacustres de teck imputrescible, rubis sang de pigeon de Mogok, thanaka sur le visage des femmes, et sérénité imperturbable des bouddhas, qu'ils soient couchés, dressés, ou accroupis. Tout ça, bien sure, mais surtout, et avant tout, le sourire des Birmans. Un sourire permanent, sincère et orgueilleux, brandi comme un défi à la face dédaigneuse de ceux qui, derrière le barrage de leurs uniformes verts, voudraient le leur arracher. Un sourire à l'image de ce pays, si plein de force, si plein de mythes et si plein d'esprit que nous paraissons à côté presque sous-développés, nous les enfants gâtés des pays d'Occident.

Prise en tenaille entre la Chine et l'Inde, dont elle semble avoir réussi la vivante synthèse, coupée du monde par les aléas de son histoire, sa jungle et ses hautes montagnes, la Birmanie, pourtant, exigera du voyageur une patience sans fin une fois le premier dépaysement passé, toujours causé par l'impression d'être revenu des années en arrière…

…au lieu de ce « Myanmar » dur à l'oreille, de préférer murmurer jusqu'à plus soif, lorsque la nuit tombe sur la flèche d'or de la Schwedagon, le doux nom de Birmanie.

(Ch. Ono-Dit- Biot)